Dignité et droits humains : une culture de solidarité

dimanche 16 février 2020
par  Classe d’Histoire Géographie Éducation civique 1

OUTSIDE
Ecrits pour la fraternité-Paris-2020
Conseil de l’Europe-14 avril 2020
Parlement européen de Strasbourg-mai 2020

Nom de l’ établissement : collège Jean Boucheron, Castillonnès (47)
Atlas des libertés et des droits de l’homme en 3 volumes
Titre des vidéos : « Places libres-la rumeur du monde (2018)-So rights (2019) et Outside (2020 » (bandes-annonces)
« Ici, c’est la place de la liberté. Avant on disait qu’on savait où était la place mais pas la liberté. Maintenant c’est le contraire… »
Nathalie Funès-révolutions arabes-Nouvelobs.com-2016

Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce projet ? Pourquoi avez-vous souhaité le mettre en place ?

C’est la conception et la mutualisation qui sont les plus intéressantes.
Faire découvrir et partager notre travail et nos réflexions sur les libertés d’expression et d’opinion, l’idée démocratique et les enjeux de la Déclaration universelle des droits de l’homme dont nous célébrons cette année le 72ème anniversaire à travers l’étude des places de la démocratie et des défenseurs des droits de l’homme dans le monde sur des thèmes comme la politique (accords et pactes internationaux…), l’art, la poésie, la danse, la littérature et la musique engagée.

Des places, des droits, des citoyens engagés

49 places, 49 approches des droits et de l’exercice des libertés dans le monde pour mettre en relation l’éducation civique, les médias et l’actualité du monde contemporain.
150 défenseurs des droits de l’homme qui ont œuvré pour la liberté, l’égalité, la paix et le respect des valeurs humaines.
Comprendre les mouvements et les grands évènements qui, dans l’histoire, ont marqué avec succès ou non la lutte constante en faveur des droits de l’homme.
La contestation et la lutte contre l’oppression sont des droits aussi.
L’idée d’un droit de résistance à l’oppression trouve sa source dans la considération selon laquelle la communauté n’institue le pouvoir politique qu’en vue de son propre bien.
Si les gouvernants utilisent le pouvoir pour opprimer le peuple, celui-ci a le droit de s’opposer à leur autorité, « de tenir leurs actes pour nuls, de leur résister […], de les déposer et de les juger pour leurs méfaits ». C’est en ce sens qu’il faut comprendre, non seulement l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme (DDH) qui proclame que « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme » et qui compte parmi ces droits « la résistance à l’oppression », mais aussi l’article de la loi fondamentale qui intègre aux droits fondamentaux « le droit de résister à quiconque entreprendrait de renverser [l’]ordre [constitutionnel], s’il n’y a pas d’autres remèdes ».

Le droit de résister et de contester

« Opprimer » est défini comme « soumettre à une autorité excessive et injuste, persécuter (...)
Consacrer la résistance en tant que droit signifie donner à l’individu le droit de désobéir aux règles juridiques valides posées par les organes de l’État, s’il les considère comme dévoyées. Cependant, ces deux textes ne posent pas un droit de désobéir à toute loi jugée en conscience, injuste, car une telle interprétation reviendrait à nier toute légitimité et toute autorité à l’État. Les notions d’« oppression » ou de « renversement de l’ordre constitutionnel » évoquent instinctivement des atteintes graves à la démocratie et aux droits fondamentaux.

Il reste que le droit de résistance et de contestation donne à l’individu le pouvoir de juger et d’interpréter ce que doit être le droit par-delà l’autorité étatique qui détient en principe le monopole de son adoption et de son interprétation.

Des études thématiques sur les libertés et les droits de l’homme

Sur ce sujet, nous avons consacré les heures de projet aux études thématiques et musicales, à l’écriture des textes du recueil et à la conception du clip et du film de présentation : le projet OUTSIDE était le meilleur moyen de finaliser le projet citoyen et de lui donner un vrai sens (apprentissage des droits de l’homme et des notions de liberté, de justice, de paix, de dignité, de démocratie et de citoyenneté internationale).
Le projet a véritablement été construit à partir des choix des élèves et de leurs exposés et de leurs travaux de recherche richement nourris.
Un projet en faveur de la dignité et des droits de l’homme et du citoyen qui nous a valu de nombreux soutiens (Romain Humeau, Ioulia Klekot, Amnesty International, LDH, Reporters sans frontières, Geopolis, Ivan Quezada...) et qui prend toute sa place en cette année internationale des droits de l’homme .
Nous avons réalisé deux kits-clips de projet (bandes-annonces « Places libres et OUTSIDE ») et un film de 3’ à partir d’un texte écrit sur la Déclaration des droits de l’homme.

Pourquoi avez-vous choisi ce titre ?

Le titre de base de notre projet citoyen est « Places libres ».Nous avions pour objectif de faire un tour du monde des places de la démocratie dans le monde, ces lieux de rassemblement du peuple en lutte qui ont fait l’histoire. Une place, une histoire, une idée, des espoirs avides et des rêves capables….
Des promesses et le respect du droit.
Des places symboles de liberté et de dignité. L’identité collective de la démocratie, des habitants de la ville et ses symboles : la place au cœur de la ville et lieu de contestation et de révolution. La place comme lieu d’expression de l’opinion.
La place comme géosymbole.
Un tour du monde comme un tour des hommes….sur les places cœurs battants, dans les villes qui rendent libres….le titre semble évident.
Il n’est pas de ville non plus dans le monde dont le nom ne soit pas associé à une place.
OUTSIDE, ce sont les lignes rouges que certains Etats franchissent quand ils ne respectent pas les droits humains et les libertés démocratiques.

Comment avez-vous travaillé-préparé le projet, le travail d’écriture et la vidéo avec les élèves de votre classe ?

Nous avons tout d’abord choisi de réaliser un kit-clip de projet à partir des idées-images fortes des premiers travaux réalisés sur les régimes politiques du monde (Face2Face démocratie-dictature) et des concepts liés aux droits de l’homme.
Nous avons recherché les images et les titres qui pouvaient traduire les droits de l’homme dans sa conquête inachevée et ses luttes tout en respectant la pluralité des idées (en lien avec les articles de la DUDH pour l’enseignement des droits de l’homme, de la citoyenneté et de la paix).
Nous avons ensuite écrit une dizaine de textes dans le recueil « Agora » : des « révoltes poétiques » inspirées par les mouvements et l’histoire de ces places, pour dénoncer également les atteintes aux libertés fondamentales dans le monde : un texte a servi de support aux plaidoyers pour la démocratie et la défense des droits de l’homme.
Les films, les textes, les chansons et la mise en scène artistique rapportent les idées essentielles des études, très personnalisées. Ils ont été mis en place lors de séquences de travail en commun en temps libre avec une dizaine d’élèves volontaires.
Les principes et les valeurs de la paix, de l’égalité, de la liberté et de la démocratie , des droits de l’homme et de la souveraineté des Etats ont été clairement dégagés et explicités à l’occasion des travaux et des activités mises en place autour du sujet (articles de presse, Internet, textes, clips….) et de l’actualité (Chine, Russie, Etats-Unis, Corée du nord, Ukraine, Biélorussie, Thaïlande, Soudan, Yémen, Mauritanie, Sri Lanka, Syrie, Turquie….+ campagnes d’Amnesty International et de Reporters sans frontières +Charte du Conseil de l’Europe sur l’éducation à la citoyenneté démocratique et l’éducation aux droits de l’homme)
Le caractère universel de la Déclaration des droits de l’homme apparaît aussi dans le plaidoyer.

Quel est le message que vous avez voulu faire passer à travers votre atlas et les clips de présentation ?

Un message simple pour dire que les droits humains doivent profiter à toute l’humanité.
Les droits de l’homme sont les mêmes pour tous.
Les valeurs de la Déclaration des droits de l’homme, des peuples et du citoyen sont universelles. Les hommes doivent défendre et protéger les libertés et les droits car ils sont fragiles. Nombreux sont ceux qui revendiquent pour les obtenir dans le monde ou qui en sont privés.
Ils ne peuvent parfois que faire entendre le cri de leur conscience. Chaque jour le monde apporte son lot de violations des droits les plus élémentaires et d’atteintes aux libertés dont il nous importe d’exiger le respect.
Certaines conquêtes sont toujours menacées.
Les droits de l’homme doivent être garantis par tous les Etats au titre de la Déclaration universelle de 1948. Les droits de l’homme sont notre patrimoine commun : celui-ci comprend les valeurs spirituelles et morales qui sont à l’origine des principes de liberté individuelle, de liberté politique et de prééminence du droit sur lesquels se fonde toute démocratie véritable…..
Etre libre, ce n’est pas aussi disposer de toutes les libertés.

A travers la vidéo, les textes de circonstance, l’actualité des médias, l’expression artistique (danse) et la chanson engagée, les élèves ont réfléchi sur les conditions et les moyens du respect de l’homme et de ses droits dans le monde d’aujourd’hui (ils ont exposé leurs travaux en classe au collège en 2019 et organisé deux journées des droits de l’homme) : tolérance et solidarité, combats politiques, lutte contre l’oppression et la corruption, refus des racismes et des inégalités, des discriminations, volonté de vivre ensemble en démocratie…
Le projet a mis en mesure les élèves de répondre à leur propre lecture et connaissance de l’actualité mondiale, à leur propre exigence de liberté, de justice et de dignité pour faire face aux problèmes et nombreux défis de notre époque. Dans le respect absolu des consciences.

Quelles difficultés avez-vous rencontré durant ce projet ?

Le projet « places libres » était au départ ambitieux avec de jeunes élèves avec des notions difficiles à définir (principes et valeurs, études comparatives, connaissance des mouvements contestataires et révolutionnaires, places du monde, histoire politique, ordre juridique mondial, libertés civiles et politiques, rôle des Etats, droit de contestation, de résistance à l’oppression, évolution historique, vocabulaire fondamental…..).
Les idées fondamentales liées aux droits de l’homme ont été assimilées lentement à travers des notions plus abstraites comme celles qui supposent la compréhension de concepts politiques ou philosophiques à travers l’histoire, la géographie, les études sociales, les langues, la littérature, la musique et les problèmes d’actualité. Tout n’a pas été facile.
La mise en scène s’est donc adaptée au montage (places, droits, libertés, articles de presse, débats, panneaux d’illustration, inventaire des droits, opinion de groupe, chansons engagées, textes de circonstances, défenseurs des droits de l’homme….) et les essais d’analyse ont été longs. Il a fallu guider et superviser tout le travail pour le rendre cohérent et authentique.
Le cours et l’étude des articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme ont bien préparé les travaux d’étude et de recherche.
Le travail sur le projet a développé une bonne dynamique de groupe, de bonnes aptitudes intellectuelles et un intérêt plus marqué pour l’actualité dans le cadre de l’étude des droits de l’homme (focus sur le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme-prix UNESCO 2018, médaille René Cassin 2018, prix de l’éducation citoyenne en 2019).
Nous n’avons pas eu le temps de comprendre tous les mécanismes de protection des droits de l’homme au niveau local et régional (nous le ferons le 17 mars 2020 lors de la journée mondiale des droits de l’homme à Castillonnès avec Amnesty International, la LDH et l’association France Amérique latine de Bordeaux). Les élèves ont cependant acquis de bonnes connaissances dans l’étude et l’actualité des droits de l’homme.

Qu’est-ce qui vous rend particulièrement fier dans votre réalisation ?

Ce dont je suis le plus fier est d’avoir développé les notions d’engagement et de solidarité chez les élèves et fédéré autant autour du projet (DAREIC académique, presse, soutiens de Romain Humeau, Ioulia Keklot, avocate ukrainienne réfugiée à Bordeaux après les évènements de Maïdan, Annie-Flore Batchillielys, Marion Le Roy Dagen, Ivan Quezada, Amnesty International, Ligue des droits de l’homme, Conseil des droits de l’homme, ONU et CICR de Genève, Maison de l’Europe d’Agen, Conseil de l’Europe de Bruxelles, Geopolis…..). Toutes ces initiatives ont porté le projet et fortement motivé les collégiens. L’avancée des travaux et leur cohérence ont aussi permis un travail très original à partir des études et des clips des places autour des droits de l’homme, de la chanson engagée et des actions urgentes.
La campagne d’information en faveur des droits et de la dignité de l’homme au collège a été très réussie et au-delà de l’établissement.
L’attitude constructive et engagée de tous a bien aidé. Elle a rendu le projet positif.
Nous aurions pu écrire d’autres messages, réaliser d’autres vidéos. Nous sommes d’abord partis de nos idées pédagogiques et de la rédaction de nos textes pour bâtir notre démarche et la relier aux programmes d’histoire, de géographie et d’EMC. Les notions se sont nourries de la réflexion, de l’actualité et se sont construites par l’action. L’intérêt suscité par le projet et le soutien de nombreux partenaires nous ont permis d’articuler nos idées autour d’autres thèmes et de réfléchir, d’élargir à d’autres sujets.

Strasbourg, Genève, Bruxelles, la Haye, capitales des droits humains et de la démocratie

Les élèves ont même proposé des préconisations pour compléter la Déclaration universelle des droits de l’homme : ils ont écrit de nouveaux articles sur le droit à la démocratie, le droit d’hospitalité et le droit d’humanité. Ils ont proposé et remis leurs articles au Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies de Genève le 19 mars 2019. Ils seront reçus à Bruxelles le 14 avril 2020 par la Représentation française de la Commission européenne. Le parcours de projet a conduit les élèves dans les capitales européennes des institutions européennes et internationales qui symbolisent la démocratie, la paix, la justice et les droits de l’homme dans la poursuite des objectifs des Nations Unies.
Les collégiens travaillent à l’organisation de la journée du 17 mars 2020 à Castillonnès (débats citoyens sur les libertés et les droits, rencontres avec Amnesty International, l’association France Amérique latine et Ivan Quezada, réfugié politique chilien, lecture et mise en voix de textes d’élèves….) et envisagent l’an prochain de réaliser le 4ème et dernier volume de l’atlas de projet sur les droits de l’homme aux Pays-Bas à la Haye (tribunal pénal international et Cour internationale de justice pour formaliser notre étude citoyenne sur les droits de l’homme avec des juristes (paix internationale, droit humanitaire international, droit pénal international, guerre, frontières, migrations, changement climatique et droits humains….).

Vivre les droits de l’homme, c’est aussi faire en sorte d’amener les élèves à développer des initiatives qui servent directement ces droits, sur le respect desquels repose la vie en société dans un Etat démocratique.

BP


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